DOGMA

Publié le par Scènes 2.0

Le manifeste du 9 mars 2008

 

Il est impossible de parler de la danse.

Ce n’est pas une raison pour en parler n’importe comment.

Ce n’est pas une raison pour en parler en employant des mots pré-pensés, qui se reproduisent  ad nauseam de textes en textes, tels des pièges à connivence, des points de repères trop rassurants, vidés depuis longtemps de toute substance.

Ecrivons autrement.

Pensons autrement.

Pensons.

Je propose donc à mes camarades d’adhérer à la chartre suivante, et de proscrire désormais de nos textes autour du spectacle vivant les 7 termes suivants:

 

 

  1. Questionner

N’écrivons plus : « en sortant de la scène, Eric Bernard-Jean questionne son rapport à l’espace fictionnel »

N’interrogeons que des êtres pourvus d’intelligence, donc susceptibles de nous répondre.

Laissons l’usage de ce terme aux professeurs et aux policiers.

  1. Interroger

Même faute, Même punition

  1. Champs

N’écrivons plus: « Pendant 5 heures, Eric Bernard-Jean entreprend l’épuisement des champs narratifs »

Laissons l’usage de ce terme aux agriculteurs. 

  1. Mettre à nu

N’écrivons plus : « La danse met le danseur Eric Bernard-Jean à nu et révèle son être intime »

            Rendons l’expression à Edgar Poe et Charles Baudelaire.

  1. Produire

N’écrivons plus: « Eric Bernard-Jean parvient à produire du rire avec de la danse » ou «le corps n’est produit qu’en se produisant » 

Laissons l’usage de ces termes aux industriels. 

  1. Convoquer

N’écrivons plus: «  Avec Eric Bernard-Jean, la danse convoque l’ensemble des arts de la scène »

Laissons l’usage de ces termes aux proviseurs et aux Assedics. 

  1. Intime

N'écrivons plus: « La performance d’Eric Bernard-Jean  traverse la notion d’intimité et ses différents modes de représentation dans le monde contemporain. »

Laissons l’usage de ce terme aux gynécologues.

 

Tolérons ces termes uniquement quand employés dans leurs usages premiers.

On continuera, à regret, à user des mots « corps » et « texte », trop lus, mais difficilement substituables.

En veillant à ne pas en abuser.

 

J’engage tous mes amis spect-acteurs, et au-delà, à signer ce manifeste du 9 mars 2008.

Sont aussi les bienvenus dans cette démarche les journalistes professionnels, les artistes qui s’expriment quant à leurs travaux, les responsables de lieux, leurs porte-plumes et de manière générale tous les acteurs de ce milieu amenés à produire -pardon, à rédiger- des textes à propos du spectacle vivant.

 

Guy - Un Soir Ou Un Autre

 

Publié dans Débats

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F- 12/10/2010 20:27



mais vous voulez la révolution parmi les critiques !


merci pour votre mot qui fait du bien...


danseaujourdhui



JD 03/06/2008 15:51

Bonjour Caro,Il n'y a pas d'incongruité ici. Le palmarès permet d'embrasser d'un regard les avis d'un certain nombre de spectateurs sur un grand nombre de pièces, et montre que des oeuvres peu médiatisées peuvent être aussi intéressantes, voire plus intéressantes que celles que les média traditionnels mettent en exergue.Quant à cette ébauche de charte, qu'il faut prendre cum grano salis, elle pointe du doigt le verbiage qui affecte le spectacle vivant et dont nous, apprentis critiques, devons nous défier - car, outre qu'il ne veut généralement rien dire, il n'incite guère le public, je pense, à courir les salles de spectacles.

Guy 21/05/2008 13:02

Bonjour CaroC'est qu'on aimz être incongru, afficher notre ras de bol d'une parole trop domestiquée, et être un peu des spectateurs qui ne craignent pas-le palmares en est un moyen- de s'engager, d'assumer leurs jugements. En tous cas rassurez vous, le dogme ne sera pas obligatoire tant que nous n'aurons pas pris le pouvoir.Aie je bien repondu à votre question? 

caro 15/05/2008 10:27

bonjour comment peut-on en première page d'un blog énoncer un "dogme" sur des
mots à proscrire lorsqu'on parle de danse et en même temps proposer un
"palmarès" des spectacles vus? vous cultivez les incongruités par ici?

le tadorne 09/03/2008 15:20

Alors proposons cette charte à nos lecteurs! A eux aussi d'y mettre leur grain de sel. Je propose qu'elle soit publiée sur nos sites respectifs et mis en ligne sur "Un air de Théâtre".