Les bloggeurs sont-ils des partenaires du spectacle vivant ?

Publié le par Scènes 2.0

Bloggeur n'est pas toujours une posture enviable.

On le sent bien, même s'ils ne nous le disent pas : les journalistes nous détestent, au mieux nous ignorent. Nous les citons souvent, ou du moins nous renvoyons à eux ; ils ne nous citent jamais. Ils nous voient comme une menace et un démenti. Ce n'est guère mieux du côté des programmateurs et des compagnies, qui généralement font comme si nous n'existions pas. Assez naïvement, je crois, ils s'imaginent que la presse traditionnelle est investie d'un prestige et d'une aura intemporels, et qu'il vaudra toujours mieux se parer de la critique fadasse d'un quotidien plutôt que de la critique enflammée d'un bloggeur.

Pourquoi tant de haine ? D'abord simples spectateurs, nous faisons l'effort de n'être pas de simples consommateurs, et nous faisons notre métier de critique amateur ou gratuit avec autant d'honnêteté que possible, en payant généralement nos places, sans recevoir aucune rémunération, ni même, le plus souvent, de commentaires de nos lecteurs !

De plus, nul doute que nous soyons utiles : la presse traditionnelle ne rend compte que d'une infime partie des spectacles offerts aux citoyens, au point souvent de ne consacrer qu'un seul article à tout un festival ; nous analysons et décrivons donc quantité de spectacles, soutenons des artistes qu'elle néglige alors qu'ils méritent amplement leur place sous le soleil médiatique.

Certes, les choses changent peu à peu. Ces derniers jours, par exemple, Un soir comme un autre a eu les honneurs du tableau de presse du festival Artdanthé au théâtre de Vanves : toutes ses critiques du festival y étaient affichées - du moins les bonnes. Mais à un autre d'entre nous, qui vient de demander des invitations aux organisateurs du Kunstenfestival des Arts de Bruxelles, on a ri au nez...

Ibant obscuri sub sola nocte, comme disait le Poète* ; nous continuerons malgré tout à faire partager nos passions, et à faire oeuvre de poil à gratter.

*Ils allaient obscurs, seuls dans la nuit (Virgile).

Publié dans Débats

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laurence 28/03/2007 17:32

Je ne savais que le "Bloggeur" était un état, une situation, un métier? Je suis bloggeuse depuis quelques mois, je suis comédienne, auteur et  d\\\'abord citoyenne donc je me sens tout à fait en phase avec le spectacle vivant que je pratique en tant qu\\\'actrice et "spectatrice privilégiée"...A +

JD 21/03/2007 22:47

A vous lire tous, une chose me paraît claire : comme dans tant d\\\'autres domaines, on est plus remarqué en province qu\\\'à Paris ! Comme on dit, en province, tout se sait...L\\\'argument qui consiste à dire, pour les compagnies, qu\\\'elles ne mettent en avant que les critiques "institutionnelles" car ce sont les seules qui comptent ne me paraît pas convaincant. Pourquoi, en effet, se priveraient-elles de critiques "amateur", dès lors qu\\\'elles sont élogieuses ? Si elles s\\\'en privent, c\\\'est qu\\\'elles n\\\'en connaissent pas l\\\'existence, et donc, probablement, qu\\\'elles ne prennent pas la peine de les collecter. Le jeu, à mon avis, en vaut pourtant la chandelle. D\\\'autant plus que, par la méfiance qui court vis-à-vis de toute forme d\\\'autorité et d\\\'institution, il peut être profitable d\\\'afficher des critiques de "gens vrais".Je ne suis pas tout à fait d\\\'accord avec Jean-Marc sur la question des invitations. A mon avis, l\\\'histoire n\\\'a que peu à faire (ou ne devrait rien avoir à faire) là-dedans : la question est, pour le programmateur, de savoir qui va lui attirer du monde. Aujourd\\\'hui, il me paraît très difficile de juger de l\\\'impact prescripteur de la presse quotidienne : certes, elle a plus de lecteurs que nos blogs ; mais combien de ses clients lisent la rubrique spectacles ? La plupart achètent leur quotidien pour les nouvelles.Pour finir, je ne comprends pas bien ce que Jean-Marc veut dire quand il écrit "A l\\\'inverse, si on vous a fait payer votre place, il est interdit d\\\'utiliser un quelconque écrit (qui lui même ne doit pas être publié dans un journal- l\\\'interdit doit aller dans les deux sens... Sinon on casse l\\\'outil de travail des journalistes)." Quel écrit ? l\\\'utiliser pour quoi faire ?

Jean-Marc 21/03/2007 22:25

"... au Portugal. En fait je travaille aussi pour un quotidien mais je publie beaucoup moins que dans le blog. C'est-à- dire que pour la critique de danse il ni a que mon blog et un hebdomadaire qui publie régulièrement." La différence manifeste entre la France et le Portugal est la quantité de journaux français qui publient sérieusement sur la danse. Le Nouvel Obs, le Monde, Libération (2 journalistes, voire 3), Tétu, Arte, Danser, Saisons, j'en oublie certainement. La perception des blogs par la profession (diffuseurs, programmateurs, compagnies) s'en ressent. Nous sommes une expression journalistique émergente, mais pour l'instant, nous sommes minoritaires en nombre de lecteurs, en publicités associées, en "qualité" des lecteurs (les élus ne nous lisent pas. Or, en France les élus sont les investisseurs). La tendance est toutefois à l'abandon de la danse comme sujet intéressant pour les journaux. C'est à mon avis lié à l'épuisement de la danse contemporaine. Par feedback, les journalistes se détournent ainsi que le public. Les nouveaux journalistes sont des amateurs de danse devenant journalistes et plus l'inverse, ce qui est un signe aussi important que la prolifération des travaux universitaires pour indiquer qu'un art est mort. Dans la presse quotidienne régionale (PQR), le signe le plus fort du choix d'une rédaction d'abandonner la danse contemporaine aura été le départ de Gérard Mayen du Midi Libre, voici quelques années déjà. Le Midi Libre était conscient qu'il avait à cette époque le meilleur journaliste possible. D'une part, celui-ci voulait se mettre à écrire de façon universitaire. D'autre part, les retours des lecteurs montraient qu'au fond, Le Midi Libre laissait trop de place à la danse... Les deux faits ont abouti à la rupture. "...Mais si vous pouvais imaginer la réaction des gents. J'étais insulté, tout le monde mon dit des conneries que je ne pouvais pas dire ce genre de choses sur quelqu'un comme Pina Bausch bla bla bla" J'ai eu le même problème avec Prejlocaj et Air ! Mais je ne pense pas que ce soit lié au blog. C'est lié à la perception des stars par le public. "Aujourd'hui j'ai ma propre revue, je suis invité pour écrire des textes pour les programmes de salle, a faire des conférences (en Avril 03 avec Pina Bausch - hihihihihihih)… tout ça pour dire que oui se on veut le blog peut être un moyen crédible." Mes articles de blog sont désormais plus souvent utilisés que mes articles de presse quotidienne régionale. Pour une compagnie ou une salle, ce qui compte, c'est qu'il y ait un texte simple et compréhensible (petits théâtres) ou illisible mais pompeux (grands théâtres). "Et c'est pour ça aussi que je crois que ce qu'ont fait à une dimension de journalisme parce que certains spectacles sont couverts seulement par l'internet, les bloggeurs." Le journalisme, même dans sa forme antique, a toujours été la démarche de citoyens s'exprimant sur le monde pour le changer. L'internet ne change rien à ça. Mais le journalisme, c'est aussi une éthique dans l'écriture, que certains appellent déontologie. Ce qui nous amène à : > But also, there are other and more fundamental questions that bloggers should be willing to be confronted with: what is the value of critisism? Within the landscape of performing arts, is criticism - as we know it - a valued, natural partner of the arts? The possibility exists that presenters basically are not interested in criticism... Can the possibility exist that blogging can only gain its "respectability", its necessity, outside more or less conventional criticism, in inventing a new kind of journalism? De mon point de vue, ce n'est pas du coté de l'art qu'il faut se placer. En étant provocateur, l'art n'a besoin de rien. Et s'il a besoin de quelque chose, les artistes sont assez grands pour se débrouiller. Par contre, laisser le public sans moyen de médiation revient à laisser les artistes au seul contact des gens éduqués, ce qui revient très vite à dire au seul contact des gens riches. Et ça, c'est un choix social. Donc il me semble que nous faisons le même travail que les programmateurs : nous cherchons à mettre en contact le public avec les oeuvres. En choisissant notre style d'écriture et notre médium, nous choisissons nos lecteurs. Donc la couche sociale que nous voulons mettre en contact avec les oeuvres. Ecrire dans le Times, ce n'est pas écrire pour Libération. "Toutefois, sur ce débat, j'ai appris que quelques programmateurs de ma région lisait le blog et par hasard que certaines compagnies aussi et considéraient les articles comme des articles à part entière (la chargée de la cie la folia apprenant complètement par hasard qui j'étais m'a dit que je faisais partie de leur revue de presse)." Pour ce que j'en sais, c'est à Montpellier un cas général : compagnie, théâtres, pouvoirs publics, presse écrite... tous lisent les blogs quand ils en ont connaissance. Et les utilisent. "De même, pour les festivals, spectacles, je ne demanderai pas d'accréditation pour le blog à moins que les lieux de diffusion et les compagnies me contactent pour me les offrir spontanément. Pour caricaturer, c'est afin de pouvoir dire "je ne suis pas venu vous chercher donc ne vous plaignez pas après".Là nous touchons un point sensible. Si l'on paye sa place, on n'a pas à écrire dessus dans une "dimension" journalistique, mais individuelle... En effet, nous nous mettrions dans une concurrence déloyale vis à vis des journalistes qui ont un accord déontologique avec les artistes. Cet accord (un peu oublié) remonte à 45 en France (et un peu partout en Europe occupée par les nazis). La presse collaborant avait eu une attitude indigne, ce qui a conduit à modifier les pratiques. Et : aller voir un spectacle pour le critiquer était la réponse d'une demande des artistes ! Comme ceux-ci avaient été soumis à une censure, ils ont demandé le déplacement systématique de la presse. Dans le même temps, la presse (issue de la libération) avait souffert de la barrière de l'argent qui l'empéchait d'aller voir les spectacles. Les rédac-chefs ont demandé la gratuité parce que le paiment était l'écriture ! Donc gratuité des places égale travail. De ce fait, journalistes (qui vont écrire ou pourront justifier d'une façon ou d'une autre leur absence d'écriture) et programmateurs ne payent pas leur place. A l'inverse, si on vous a fait payer votre place, il est interdit d'utiliser un quelconque écrit (qui lui même ne doit pas être publié dans un journal- l'interdit doit aller dans les deux sens... Sinon on casse l'outil de travail des journalistes). C'est compliqué à expliquer mais assez simple à saisir une fois qu'on se pose la question du " à contrario ".

Savigny 19/03/2007 09:55

Merci, Jean François, de réagir.
Et je vous trouve trés honnête et courageux d'écrire que vous devez tenir compte sur ce sujet de contraintes economiques, beaucoup de vos homologues s'obstinent avec beaucoup d'hypocrisie à ne jamais le reconnaitre. Mais les blogs n'ont ils justement pas un rôle globalement positif à jouer pour votre économie ? Un role que vous sous estimez peut -être? Débat à suivre.
Vous touchez un point sensible quant à nos positions  et notre indépendance, peut-être nos ambiguités déja...A suivre aussi!
La notation? Oui cela peut paraitre trés maitre d'école, artificiel et présomptueux. Mais je trouve que celà prend de l'intérêt dans le cadre de scenes 2.0. , où justement des avis trés opposés s'expriment. Cela permet d'ouvrir franchement le débat, et non de le clore. Et je l'espère bien que nous incitons les spectateurs à voir la piece pour se faire leur opinion.
Toutes ces réaction à titre personnel, je suis sur que mes camarades réagieront aussi.
A bientôt sur scènes 2.0, ou ailleurs
Guy
P.S. : j'ai hate d'en savoir plus sur vos projets (et j'espère qu'ils m'apporteront autant d'émotions que ceux autour de Claudel ou Laurreéamont). Et écrivez moi ce que vous penserez du Songe ! 
 

JF Mariotti 19/03/2007 01:28

Tout ça n'est pas simple. Vous relevez avec justesse que les blogs ne sont pas exactement du journalisme, mais un mouvement différent, plus spontané. Mais en même temps vous semblez souffrir de ne pas avoir les mêmes privilèges. Sauf que du jour où les théâtres et autres festivals vous inviteront systématiquement, du jour où les attachés de presse vous tutoieront, vos blogs ne seront plus des blogs mais des magazines en ligne. Et vous des journalistes, payés ou pas payés. Cette indépendance que vous revendiquez avec justesse tient beaucoup à cette distance qui est la vôtre. Avec toutes les contraintes et les frustrations que cela implique. C'est cette marge par rapport à l'institution qui fait votre intérêt, alors il serait dommage de la renier. Quant à ma manière de communiquer sur la presse et les blogs (oui, je suis l'auteur du journal de production de l'Héautontimorouménos), je revendique tout à fait cette distinction, même si je le fais pour des raisons très basiques : tout simplement parce que j'ai besoin de la presse institutionnelle pour survivre. J'en suis même à un stade où j'ai essentiellement besoin d'elle. J'aimerais être plus confortable pour adopter une position moins pragmatique. De là, croyez-moi, mes revues de presse seraient plus justes et plus exhaustives. En l'état, un papier dans le Parisien ou le JDD sont essentiels à notre survie, et je n'ai pas d'autres choix que de mettre l'accent sur eux. Enfin, quant au contenu du mon journal de production... J'ai tenté au début de lancer des débats de fond, mais la participation n'a guère été importante. Et je vous avoue que le temps et la somme des responsabilités se faisant plus pressants, je n'ai plus utilisé cet espace qu'à des fins de teasing. Je souhaite y revenir de manière plus réfléchie, peut-être à l'occasion de gabegie 08... Mais je vous avoue qu'avec, pour cette seule saison, 2 pièces dont une que j'ai signée, ainsi  qu'1 Gabegie et un autre projet (secret pour l'heure...), je fais ce que je peux dans les autres domaines. Je termine sur une petite remarque, puisque j'y suis. Je trouve l'initiative de Scenes 2.0 excellente. Mais je suis moins conquis par le système de notation. Je comprends bien qu'il est pratique, dès lors qu'il s'agit d'établir une notre moyenne entre plusieurs bloggeurs. Mais tout de même, l'idée de noter une oeuvre artistique me choque un peu. L'enthousiasme se mesure-t-il ? Et la valeur d'une oeuvre ? Vous n'êtes pas les seuls à le faire, mais bon... Le Figaroscope est-il une référence en la matière ? Voilà, ce sera mon seul bémol, même si, Savigny, vous n'avez pas aimé Coriolan 22.04 ! A ce sujet, j'irai voir le Rabeux dès la fin de ma programmation, et je crains de vous trouver injuste... D'ailleurs, le sujet sur la moralisation des moeurs qu'il initie ne me semble pas si aberrant, même s'il n'est pas évident. Vous avez raison, il faudrait sans doute lancer un débat ici même...