On le sent bien, même s'ils ne nous le disent pas : les journalistes nous détestent, au mieux nous ignorent. Nous les citons souvent, ou du moins nous renvoyons à eux ; ils ne nous citent jamais. Ils nous voient comme une menace et un démenti. Ce n'est guère mieux du côté des programmateurs et des compagnies, qui généralement font comme si nous n'existions pas. Assez naïvement, je crois, ils s'imaginent que la presse traditionnelle est investie d'un prestige et d'une aura intemporels, et qu'il vaudra toujours mieux se parer de la critique fadasse d'un quotidien plutôt que de la critique enflammée d'un bloggeur.
Pourquoi tant de haine ? D'abord simples spectateurs, nous faisons l'effort de n'être pas de simples consommateurs, et nous faisons notre métier de critique amateur ou gratuit avec autant d'honnêteté que possible, en payant généralement nos places, sans recevoir aucune rémunération, ni même, le plus souvent, de commentaires de nos lecteurs !
De plus, nul doute que nous soyons utiles : la presse traditionnelle ne rend compte que d'une infime partie des spectacles offerts aux citoyens, au point souvent de ne consacrer qu'un seul article à tout un festival ; nous analysons et décrivons donc quantité de spectacles, soutenons des artistes qu'elle néglige alors qu'ils méritent amplement leur place sous le soleil médiatique.
Certes, les choses changent peu à peu. Ces derniers jours, par exemple, Un soir comme un autre a eu les honneurs du tableau de presse du festival Artdanthé au théâtre de Vanves : toutes ses critiques du festival y étaient affichées - du moins les bonnes. Mais à un autre d'entre nous, qui vient de demander des invitations aux organisateurs du Kunstenfestival des Arts de Bruxelles, on a ri au nez...
Ibant obscuri sub sola nocte, comme disait le Poète* ; nous continuerons malgré tout à faire partager nos passions, et à faire oeuvre de poil à gratter.
*Ils allaient obscurs, seuls dans la nuit (Virgile).
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